Parcoursup : les enjeux sociaux cachés

Introduction

Dans un précédent article, il a été fait mention des points suivants [1] :

  • Le système universitaire est dans les faits l’un des plus sélectifs. Le plus préoccupant n’est pas la sélection à l’entrée, mais plutôt l’absence de débouchés et de valorisation à la sortie pour les diplômés, qui ont travaillé dur.
  • Garantir le droit à la formation pour tous, sans garantir le droit à la valorisation de la formation, ne résout pas, mais créée, des inégalités sociales.

Le présent article s’intéresse à la réforme de l’accès à l’université proprement dite. Cette réforme, ainsi que celle du bac, fait face à une forte opposition, notamment de la part des enseignants, des étudiants, des lycéens, et des parents d’élèves [2]. Une première journée de mobilisation nationale a eu lieu le jeudi 1er février, une seconde étant d’ores et déjà prévue.

La sélection scolaire se justifie, à condition de déboucher sur une carrière

Beaucoup de manifestants s’opposent frontalement à toute sélection. Or :

  • C’est la sélection qui donne une valeur intellectuelle aux diplômes universitaires. Enlever toute sélection, c’est supprimer à coup sûr la valeur des diplômes. Un exemple est le bac : à partir du moment où obtenir le bac a été plus facile, il a commencé à perdre de sa valeur.
  • Le problème majeur de l’université est l’absence de valorisation de la sélection qu’elle effectue. Par exemple, seul un quart des étudiants inscrits en première année de licence obtiennent leur diplôme trois ans plus tard [3]. Pourtant, une bonne partie des diplômés se retrouvent sans emploi, ou avec un emploi ne correspondant pas à leurs compétences [4].
  • Avec la réforme de l’accès à l’université, un autre problème risque de venir se greffer au précédent, tout en le masquant. Il s’agit du fait que le processus d’accès à l’université risque de s’apparenter à une sélection sociale. Dans ce cas, les diplômés auront bien un travail, mais pas à cause de leur diplôme en tant que tel : ils feront carrière de par leur milieu social d’origine [1].

Du fait de frustrations, la traduction en mots du ressenti des étudiants n’est pas parfaite, voire même y est opposée. L’explication du mécanisme psychologique sous-jacent a été donnée dans un autre article [5].

Une sélection sociale, plus qu’une sélection scolaire ?

Ainsi, l’enjeu principal n’est pas de rejeter la sélection, mais de valoriser la sélection scolaire, tout en rejetant une forme de sélection sociale.

Certes, la réforme à l’accès à l’université supprime le tirage au sort, qui contenait une forme d’injustice. Le tirage au sort était cependant équitable en ce qui concerne l’origine sociale.

À la suite de la réforme, le processus d’accès à l’université ne repose plus sur le hasard : il laisse une marge de manœuvre aux universités. Par certains aspects, il ressemble au processus d’embauche en entreprise.

Les bacheliers doivent rédiger un curriculum vitae (CV) et une lettre de motivation [6]. En particulier, les activités extrascolaires pourront appuyer leurs demandes [7]. Or, il est à craindre que les activités extrascolaires des milieux favorisés soient mieux reconnues que celles des milieux défavorisés.

Conclusion

La « sélection » à l’entrée des universités, ou « l’absence de sélection » selon le camp politique, risque de s’apparenter à une sélection sociale. Si cela s’avère être le cas, elle masquera le manque de valorisation des diplômes universitaires, sans y remédier réellement.

Sources

[1] https://docteurzinzin.com/2017/12/17/reforme-universite/ Réforme de l’université : bienvenue dans un monde parallèle

[2] http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/02/01/2-400-manifestants-a-paris-contre-les-reformes-de-l-universite-et-du-bac_5250547_4401467.html A Paris, 2 400 manifestants contre les réformes de l’université et du bac

[3] http://www.letudiant.fr/etudes/apb/vos-chances-de-reussite-en-licence-par-universite.html Licence : quelles sont vos chances de réussite, selon votre bac et votre fac ?

[4] http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/04/11/bac-que-dalle-ou-la-detresse-de-jeunes-diplomes-oublies-de-l-emploi_5109281_4401467.html « Bac + que dalle » ou la détresse de jeunes diplômés oubliés de l’emploi

[5] https://docteurzinzin.com/2018/01/21/democratie-et-republique/ Démocratie et république : vers une Sixième République ?

[6] http://etudiant.lefigaro.fr/article/parcoursup-le-mode-d-emploi_73b05980-d674-11e7-9120-7436775344c8/ Parcoursup : le mode d’emploi pour les bacheliers

[7] http://www.lemonde.fr/education/article/2017/10/30/entree-a-l-universite-ce-qui-va-changer-a-la-rentree-2018_5207688_1473685.html Entrée à l’université : ce qui va changer à la rentrée 2018

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s