Une analyse des vœux présidentiels

Introduction

Regarder les vœux présidentiels est un bon moyen de se faire une idée de la politique qui va être menée durant l’année suivante, notamment de dégager :

  • Les sujets prioritaires : les vœux constituent un exercice de communication à la fois long et court (cette année, ils ont duré 17 minutes). Ainsi, il est possible d’aborder plusieurs sujets, mais pas tous. Les sujets abordés constituent donc les axes prioritaires de la politique qui sera menée.
  • Les convictions du président : identifier les fils directeurs du discours et les éléments de langage utilisés permet de mettre en évidence les convictions du président. Les termes cités entre guillemets ont été mentionnés durant le discours.
  • L’état d’esprit du président : le président s’adresse directement aux citoyens, sans passer par l’intermédiaire d’un journaliste. Par conséquent, les vœux revêtent un aspect plus personnel que d’autres interventions médiatisées. Certes, cet aspect personnel a un côté artificiel, le président adoptant une posture lors de son intervention, mais il est intéressant de voir quelle a été la posture choisie.

Sujets prioritaires

Les sujets abordés lors des vœux ont été :

  • La maîtrise du territoire :
    • Les télécommunications
    • Les conditions de vie des agriculteurs
    • Les quartiers défavorisés
    • L’Outre-mer touché durement
  • L’égalité homme-femme : changements de loi, et plus largement de l’ensemble de la société
  • Les chantiers économiques :
    • Le droit à l’erreur vis-à-vis de l’administration, notamment pour les indépendants et les entrepreneurs
    • La formation des salariés, des chômeurs, des jeunes
    • La clarification des missions des fonctionnaires et la récompense de leurs efforts
    • Le développement de filières économiques fortes
  • La politique internationale :
    • La lutte contre le terrorisme au Levant, au Sahel, et sur le territoire national
    • Le fait d’œuvrer pour la stabilité des États et le respect des minorités
    • L’importance de mener une politique au niveau européen, en lien avec l’Allemagne
  • La politique sociale :
    • La politique de santé
    • Le droit au logement
    • L’aide aux plus démunis

Convictions du président

L’importance des institutions

Emmanuel Macron a, dès l’introduction de son discours qui s’adressait aux citoyens travaillant durant le réveillon, rappelé l’importance du travail. Selon lui, c’est le travail qui est au cœur de la société et qui permet d’assurer la grandeur de la nation.

Ce type de logique se retrouve dans l’ensemble du discours d’Emmanuel Macron, d’où l’importance de la rigueur, des règles. Puisque la solidarité découle de la production, les travailleurs doivent se soumettre à ses règles, présentées comme absolues, alors que, paradoxalement, le gouvernement en effectue des changements.

En particulier, il a insisté sur la réciprocité de la relation entre l’État et les citoyens : l’État aide les citoyens à se soigner, à vivre durant leur retraite et « à se relever », et les citoyens, de par leur travail, aident à ce que la France soit une « grande nation ». Ce type d’idée est en partie fondé, mais ne doit pas être poussé à l’extrême. En effet, l’État est une administration, tandis que les citoyens sont des êtres humains : la relation est déséquilibrée à la base, et ne pourra jamais être totalement réciproque. Plusieurs centaines de milliers d’affaires sont pendantes devant les juridictions administratives.

Pourtant, le discours tend à confondre citoyens et institutions. Emmanuel Macron souhaite « rendre la France plus forte et plus juste », avoir une Europe « elle aussi plus forte », développer des « filières économiques fortes ». Il ne mentionne pas la force des citoyens en tant que tels (i.e. individuellement, indépendamment des institutions). Nuance.

Même s’il est vrai que les citoyens participent aux différentes institutions, comme l’a d’ailleurs rappelé Emmanuel Macron, ils n’en ont pas in fine les manettes. Ce raccourci revient à imposer de manière déguisée la vision du monde des dirigeants à l’ensemble de la population. Le principe de la démocratie est exactement inverse.

Cette volonté que ce ne soit pas le citoyen, mais l’institution, qui soit forte est justifiée par des considérations morales, en rejetant des réussites personnelles qui seraient égoïstes. Ce type de discours tend à remplacer un égoïsme individuel par un égoïsme collectif : l’égoïsme de ceux qui sont au pouvoir. Cette minorité de personnes, en utilisant le fait qu’elle représente une majorité, cherche à imposer ses propres intérêts à l’ensemble des citoyens, au nom d’une « cohésion de la nation ».

Cet ego collectif se manifeste par des jugements infondés sur des catégories entières de la population. Ainsi, Emmanuel Macron a affirmé qu’il était important de « former nos concitoyens qui sont au chômage pour qu’ils puissent retrouver un travail et les compétences pour cela ». Certes, le fait d’être au chômage peut entraîner une perte de compétences, mais cela n’a rien de général. Lorsqu’on a des convictions, il est important de garder une vision de l’autre en tant qu’individu (dans le sens où chaque cas est différent) afin d’éviter les généralités. Certaines personnes sont au chômage alors qu’elles sont aussi compétentes, voire plus, que d’autres qui sont au pouvoir : c’est cela, l’injustice sociale qui impacte les citoyens depuis trop d’années.

Enfin, les convictions d’Emmanuel Macron se voient aussi par le fait que bien des thèmes relevant de la vie privée, tels que celui de la famille, n’ont pas été abordés. Mais ce type de thème n’entrait pas dans le cadre du discours : un être humain a une famille, une institution non.

La « mission universelle » de la France

Emmanuel Macron a insisté sur la « mission universelle » de la France. Il a appelé à ce que la France joue un rôle international et, ce, à plusieurs reprises :

  • La lutte contre le terrorisme, et en faveur de la stabilité des États
  • L’accueil des réfugiés invoquant le droit d’asile, la France étant leur patrie
  • Le fait que destin de la France et destin de l’Europe sont liés

Les intentions évoquées par le président sont nobles, mais ne doivent pas donner lieu en pratique à une instrumentalisation. Il est important de différencier aide et ingérence. Parler de « grammaire de la paix et de l’espérance qu’il nous faut aujourd’hui réinventer dans de nombreux continents » ne doit pas faire oublier que les règles de grammaire en question peuvent être différentes selon les pays. Attention à ne pas vouloir implanter dans d’autres pays un modèle français prétendument universel, cela constituerait un retour masqué du colonialisme.

État d’esprit du président

Emmanuel Macron, lors de ses vœux, a été particulièrement expressif. Il a dégagé :

  • De la fierté, du positivisme : Emmanuel Macron est fier de la politique menée dans le sens où elle correspond à ses engagements de campagne et où elle permet, selon lui, de commencer une « transformation en profondeur » du pays. Le seul bémol qui a été émis concerne les sans-abri.
  • De la sérénité, de la confiance : le ton a été posé et lent, le visage détendu et souriant. La volonté du président était clairement de montrer qu’il était aux commandes du pays. Sa façon d’être ressemblait beaucoup à celle d’un PDG d’une grande entreprise. Emmanuel Macron a une vision du président comme celle d’un gestionnaire de pays.

Le risque principal lorsqu’on a de la fierté et de la sérénité est de tomber dans un trop-plein de certitudes. Lorsque le président a détaillé sa manière de gouverner, il a insisté sur l’importance du dialogue et de l’écoute, ainsi que sur la légitimité des critiques… pour finir par affirmer qu’il « fera » (sous-entendu : ses réformes). On pourrait donc penser que le processus d’écoute et de dialogue, voulu par le gouvernement, revient à jouer une pièce de théâtre, dont le dernier acte est déjà écrit, et dont le but est, pour des raisons de popularité, de maintenir l’illusion que cela n’est pas le cas. Le président ne devrait pas oublier que la réalité est le bien le mieux partagé, et donc que ses opposants peuvent avoir raison sur certains aspects. Ne pas faire, plutôt que faire selon une direction que l’on regrettera ensuite, est une action en tant que telle, qui plus est, conforme à « l’intelligence française ».

Conclusion

Bonne année à tous les lecteurs et à toutes les lectrices. Merci de votre soutien.

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