Égalité homme-femme : lorsque les opinions sont secondaires

Introduction : un sujet « récent » dans le débat public

L’égalité homme-femme est au cœur des débats publics, politiques notamment. Cette situation est relativement récente : le secrétariat d’État à la Condition féminine a été créé seulement en 1974, par Valéry Giscard d’Estaing [1]. Il a ensuite évolué, selon les gouvernements successifs, aboutissant à sa forme actuelle : le secrétariat d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

Étant donné que le sujet a pris de l’ampleur depuis peu, alors qu’il est fondamental, des dérives peuvent être observées, en particulier un raidissement des opinions et des oppositions non constructives. Elles aboutissent à des camps, les féministes étant désignées comme radicales, et les « masculinistes » comme sexistes et réactionnaires.

Le présent article a pour objectif d’apaiser les esprits.

Comment aborder le sujet « sereinement » ?

Afin d’éviter de tomber dans les dérives mentionnées, il est préférable de réaliser que :

En ce qui concerne l’égalité homme-femme, les opinions en elles-mêmes ont peu d’importance. Ce sont leurs motivations et l’état d’esprit dans lequel elles sont émises qui comptent.

En effet, l’égalité homme-femme est un sujet faisant appel, plus que jamais, à notre sensibilité personnelle. Des personnes, sincèrement en faveur de l’égalité homme-femme, peuvent se retrouver dans des « camps » opposés, chaque « camp » voyant l’autre comme malhonnête et/ou méprisant envers les femmes. D’où le risque de débat houleux.

De plus, des opinions opposées contiennent souvent une part de vérité, et de fausseté, selon le contexte. L’égalité homme-femme n’est pas un sujet sur lequel on peut raisonner isolément ; il s’agit plutôt d’un prisme d’analyse permettant d’aborder différents sujets de société. Hélas, le traitement de l’égalité homme-femme a souvent tendance à être dogmatique.

L’approche utilisée dans la suite afin d’analyser l’actualité est de garder une vision d’ensemble des thématiques. L’égalité homme-femme ne doit pas faire oublier les autres thèmes, mais au contraire les éclairer. Militer en faveur de l’égalité homme-femme, c’est non seulement améliorer la condition des femmes, mais aussi celle des hommes, de par une meilleure prise de conscience des injustices sociales.

L’écriture inclusive : l’égalité homme-femme dans l’éducation

L’écriture inclusive suscite des polémiques depuis que l’éditeur Hatier a publié un manuel de CE2 utilisant cette méthode [2]. Elle repose sur trois principes :

  • Accorder les grades/fonctions/métiers/titres en fonction du genre : « une autrice », « une pompière », « une maire ».
  • Au pluriel, le masculin ne l’emporte plus sur le féminin mais inclut les deux sexes grâce à l’utilisation du point médian : « les électeur·rice·s », « les citoyen·ne·s ».
  • Éviter d’employer les mots « homme » et « femme » lorsqu’on fait référence à des concepts universels : « les droits humains », au lieu des « droits de l’homme ».

Être pour ou contre l’écriture inclusive dépend de ce que l’on considère comme primordial :

  • Ses partisans mettent l’accent sur le fait que fond et forme sont liés. C’est d’autant plus vrai pour des enfants apprenant à lire et à écrire : le langage structure la pensée, comme mis en avant par Wilhelm von Humboldt [3]. Par exemple, le fait qu’au pluriel « le masculin ne l’emporte plus sur le féminin » développerait des modes de pensée plus égalitaires. De plus, ils rappellent que le langage a été « masculinisé » à partir du XVIIe siècle [4]. « Autrice » était un terme existant.
  • Ses détracteurs y voient un cache-misère qui ne fera pas reculer le sexisme. Ils jugent que l’écriture inclusive correspond à une politisation du langage, effectuée au détriment d’écoliers, et défendent la forme actuelle de la langue française. Plusieurs députés Les Républicains ont envoyé une lettre au ministère de l’Éducation nationale afin de demander l’interdiction de l’écriture inclusive dans les manuels scolaires [2]. L’Académie française a condamné unanimement l’écriture inclusive, en indiquant que « la démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité » [5]. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, trouve que l’écriture inclusive « ajoute une complexité qui n’est pas nécessaire ».

Les deux points de vue, tant qu’ils sont argumentés et de bonne foi, sont respectables. Il y aurait d’autres moyens d’assurer une « égalité homme-femme » dans le langage, par exemple par une neutralisation [6].

La réforme du code du Travail : l’égalité homme-femme en économie

Même si en France l’égalité homme-femme est en progrès, la participation féminine à l’économie reste un point noir, comme l’a encore montré l’étude annuelle du Forum économique mondial (WEF : Word Economic Forum) sur la parité de genre [7].

L’aspect économique est d’autant plus important vu le contexte de réforme du code du Travail. En particulier, cette réforme fait intervenir une inversion de la hiérarchie des normes [8] : les entreprises ont un pouvoir de négociation accru concernant les conditions de travail de leurs salariés.

Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de la CGT cadres, estime que les mesures contenues dans les ordonnances « pénalisent l’ensemble des salariés, mais elles ont un impact particulier pour les femmes » [9]. Elle mentionne les points suivants :

  • Plus de 80% des familles monoparentales ont à leur tête des femmes [10]. Les ordonnances réformant le droit du travail contenant une série de mesures augmentant la précarité des salariés, telles que la mobilité géographique, les changements d’horaire, le travail de nuit étendu. Ces mesures compliquent, voire rendent impossible, le travail de ces femmes, car elles induisent des conditions de travail incompatibles avec des responsabilités familiales.
  • Depuis la loi Roudy du 13 juillet 1983, les entreprises de plus de 50 employés ont l’obligation de communiquer un rapport de situation comparée (RSC), confrontant les conditions générales d’emploi et de formation des femmes et des hommes [11]. Suite à la réforme, un simple accord d’entreprise suffirait à s’exonérer du respect de cette obligation.

Cet exemple est particulièrement révélateur des paradoxes qui existent dans notre société :

  • Le sujet de l’égalité homme-femme étant plus médiatisé et plus facilement mobilisateur que celui de la pauvreté, il est mis en avant par les détracteurs de la réforme du code du Travail.
  • Cependant, la réforme du code du Travail ne menace pas spécifiquement l’égalité homme-femme : elle menace l’égalité tout court, des salariés travaillant dans des entreprises différentes pouvant connaître des mondes du travail qui n’ont plus rien à voir [8]. Par ailleurs, demander aux employés de travailler la nuit ou de passer plus de temps en entreprise peut être vu comme opposé aux valeurs de liberté et de fraternité. Plus que sur l’égalité homme-femme, il faudrait insister sur la pauvreté : à partir du moment où les conditions de travail peuvent être négociées localement, ce sont les milieux défavorisés qui risquent d’être les plus touchés, du fait d’un rapport de force qui leur est défavorable.

Que la réforme impacte négativement les familles monoparentales en est une conséquence directe, indépendamment des mentalités, qui peuvent venir s’ajouter au problème et aggraver encore plus la situation des femmes concernées. Ainsi, environ 10% de l’écart de salaire entre les deux sexes est inexpliqué [12]. Même si une partie peut être liée à des facteurs comme le domaine du diplôme possédé ou des interruptions de carrière, l’importance de cet écart est révélatrice des inégalités professionnelles entre hommes et femmes.

Le congé paternité : l’égalité homme-femme dans la sphère privée

A la naissance d’un enfant, il existe des congés de natures bien différentes sur le papier :

  • Le congé de maternité existe pour des raisons médicales. Il se décompose en une période prénatale et une période post-natale, et est plus élevé dans le cas d’une naissance de jumeaux ou d’un troisième (ou plus) enfant [13]. Il s’agit logiquement d’un congé payé : la mère est rémunérée par la Sécurité sociale.
  • Le congé parental d’éducation existe pour des raisons d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle : il s’agit de permettre aux salariés de passer plus de temps avec leurs enfants en bas âge, afin de les élever notamment. Pendant cette période, le parent n’est pas rémunéré, mais il peut toucher des aides de la Caf, hélas très faibles, à savoir une indemnité compensatoire à hauteur de 390 € par mois pendant un an maximum [14].

Ainsi, le congé parental concerne les deux sexes, tandis que le congé de maternité ne concerne que les femmes.

Et pourtant, il existe un congé de paternité, actuellement de onze jours optionnels, afin de favoriser la rencontre entre un nourrisson et son père [15]. Il s’agit en vérité d’une sorte de congé parental d’éducation, beaucoup plus court mais cette fois indemnisé par la Sécurité sociale. En pratique, l’arrivée d’un nourrisson est chronophage, et nécessite des efforts de la part et du père, et de la mère.

Une pétition circule actuellement afin que le congé de paternité devienne obligatoire et, à terme, allongé à six semaines [16]. Dans un monde où les horaires de travail sont de plus en plus lourds, les salariés devraient pouvoir prendre un congé payé afin de s’occuper de leurs enfants en bas âge. Il aurait été préférable et plus clair de demander une indemnisation correcte du congé parental d’éducation plutôt que des évolutions du congé de paternité. C’est d’ailleurs déjà le cas dans d’autres pays, par exemple en Norvège : le congé parental y est de quarante-six semaines indemnisées à 100% du salaire, ou cinquante-six semaines à 80%, réparties entre conjoints [17].

Les violences faites aux femmes : un sujet « sans rapport » avec l’égalité homme-femme

Violences faites aux femmes et égalité homme-femme sont deux sujets distincts :

Tableau10

Malheureusement, ils sont confondus, du fait d’une focalisation sur l’aspect sexuel au détriment d’autres problématiques [18].

De plus, les violences peuvent concerner des féministes, ce qui favorise la confusion mentionnée. Par exemple, Europe 1 a porté plainte pour le harcèlement dont est victime l’une de ses journalistes, Nadia Daam, suite à une chronique où elle dénonçait la campagne de haine à l’encontre de deux militants féministes menée par le forum « Blabla 18-25 » du site jeuxvideo.com [19]. Cette dernière a subi : des attaques contre ses comptes électroniques, des injures pornographiques, des menaces de mort, des menaces de viol, des menaces sur son enfant, une tentative d’intrusion à son domicile au milieu de la nuit.

Ces violences ne sont liées à l’égalité homme-femme qu’en apparence. Le problème de fond est autre : Internet attire des désaxés qui, pensant être protégés par leur anonymat, agressent les personnes qui n’ont pas les mêmes opinions qu’eux. Gageons que la plainte débouchera sur des condamnations.

Conclusion

Les inégalités homme-femme sont directement liées aux mentalités. Elles sont ainsi difficiles à prouver et à contrer : on ne peut pas « rentrer dans la tête » des citoyens. Il est nécessaire d’être prudent, car prévoir l’impact d’une mesure est difficile. Un exemple classique est celui de la « discrimination positive » [20]. Est-ce que favoriser temporairement les groupes de personnes victimes de discriminations ne risque pas in fine de dégrader les mentalités et d’aggraver la situation ? Toute opinion peut être entendue. Par contre, sur des sujets reliés à tort à l’égalité homme-femme, tels que les violences faites aux femmes, une grande fermeté est de mise.

Sources

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ministère_de_l’Égalité_entre_les_femmes_et_les_hommes_(France) Ministère de l’Égalité entre les femmes et les hommes

 [2] http://www.sudouest.fr/2017/10/12/qu-est-ce-que-l-ecriture-inclusive-et-pourquoi-pose-t-elle-probleme-3856018-4699.php Qu’est-ce que l’écriture inclusive et pourquoi pose-t-elle problème ?

 [3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Wilhelm_von_Humboldt Biographie du philosophe Wilhelm von Humboldt

[4] https://editions-ixe.fr/content/non-masculin-ne-lemporte-pas-feminin Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !

[5] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/10/26/01016-20171026ARTFIG00256-l-academie-francaise-met-en-garde-contre-le-peril-mortel-de-l-ecriture-inclusive.php Pour l’Académie, l’écriture inclusive est un « péril mortel »

[6] http://www.implications-philosophiques.org/actualite/une/masculin-feminin-et-le-neutre/ Masculin, féminin : et le neutre ?

[7] http://www.lefigaro.fr/emploi/2017/11/02/09005-20171102ARTFIG00076-egalite-homme-femme-la-france-au-11e-rang-mondial.php Égalité homme-femme : la France s’améliore

[8] https://docteurzinzin.com/2017/09/01/negociations-acquis-sociaux/ Ouvrir des négociations sur des acquis sociaux n’est pas une avancée sociale

[9] http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/reforme-du-code-du-travail/code-du-travail-les-ordonnances-ont-un-impact-particulier-pour-les-femmes-souligne-sophie-binet-de-la-cgt_2369151.html  Code du travail : les ordonnances « ont un impact particulier pour les femmes », souligne Sophie Binet de la CGT

[10] https://www.insee.fr/fr/statistiques/2019694 Familles monoparentales franciliennes : les femmes toujours en première ligne face aux difficultés

[11] http://accordegalite.org/que-dit-la-loi/ L’égalité professionnelle est un domaine extrêmement légiféré

[12] https://www.inegalites.fr/Les-inegalites-de-salaires-entre-les-femmes-et-les-hommes-etat-des-lieux Les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes : état des lieux

[13] http://droit-finances.commentcamarche.net/contents/1457-le-conge-maternite-calcul-et-duree Le congé maternité – calcul et durée

[14] http://www.doctissimo.fr/html/grossesse/pendant/droits/13398-conge-parental.htm Congé parental d’éducation, mode d’emploi

[15] http://droit-finances.commentcamarche.net/contents/1077-le-conge-de-paternite-duree-et-conditions Le congé de paternité : durée et conditions

[16] https://www.change.org/p/pour-un-congé-paternité-digne-de-ce-nom Pour un congé paternité digne de ce nom

[17] http://www.liberation.fr/france/2017/11/01/pour-un-conge-paternite-digne-de-ce-nom_1607207 « Pour un congé paternité digne de ce nom »

[18] https://docteurzinzin.com/2017/10/21/violences-femmes/ Lutte contre les violences faites aux femmes : attention aux dérives

[19] http://www.20minutes.fr/medias/2162655-20171103-nadia-daam-menacee-jeuxvideocom-europe-1-porte-plainte Nadia Daam menacée sur jeuxvideo.com : Europe 1 porte plainte

[20] https://fr.wikipedia.org/wiki/Discrimination_positive Discrimination positive

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