La laïcité : un idéal instrumentalisé

Problématique

La laïcité est l’une des valeurs de la République française [1]. Cette valeur a été affirmée dès la Révolution française, notamment dans l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme, votée en août 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Cet énoncé reste la définition la plus claire du concept, mais est trop peu retenu de nos jours.

Depuis la fin des années 80, bien des débats sur la laïcité ont été effectués de manière opportuniste. Loin d’éclairer le concept, ils ont au contraire créé de la confusion, notamment de par des raccourcis intellectuels.

Ainsi, en ce mois de septembre, l’Observatoire de la laïcité a rendu un avis stipulant « une gestion inégale du suivi, par les collectivités locales et les administrations, des problématiques qui ont trait à la laïcité ou qui y sont reliées à tort » [2].

Un concept bien connu, dont la définition est mal connue

Bien que la laïcité ait été définie clairement il y a plus de deux siècles, la définition utilisée fréquemment de nos jours est imprécise : « conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement. » [3].

Cet état de fait est révélateur de la mauvaise compréhension de ce qu’est la laïcité :

  • La laïcité est un concept qui s’applique à l’État, et non à la société. Ce point a été relevé par Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle : « La société n’est pas laïque, c’est l’État qui doit le rester », a-t-il assuré devant la fédération protestante de France [4].
  • La laïcité est avant tout un concept d’acceptation des personnes, et non de rejet d’institutions. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme met en avant l’acceptation de l’autre, tandis que la définition utilisée fréquemment est basée sur le rejet des Églises.

Cette dernière définition est trop collée à la loi de séparation entre l’Église et l’État, souvent invoquée à tort comme étant le « pilier » de ce qu’est la laïcité. Or, cette loi adoptée en décembre 1905 est le résultat de bien des enjeux, en particulier financiers, l’une des questions majeures lors de son élaboration ayant été le devenir des biens mobiliers et immobiliers de l’Église [5].

De plus, il ne faut pas confondre un concept et l’une de ses implémentations pratiques. La séparation de l’Église et de l’État est la façon dont la laïcité est mise en place en France. Elle suppose que des citoyens de religions différentes ou athées sont traités équitablement par l’État vu que ce dernier est séparé de l’Église. Cette hypothèse, compréhensible et plus ou moins bien vérifiée dans les faits, ne constitue pas une définition de la laïcité pour autant.

Pour avoir une définition moderne, mais juste, de la laïcité, le mieux est de se référer à l’article 1er de la Constitution de la Cinquième République. Ce dernier stipule que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Il est ainsi en ligne avec l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme.

L’instrumentalisation de la laïcité

La laïcité a été détournée afin de légitimer des discriminations religieuses, ce qui est exactement l’opposé de l’objectif de départ.

Cette instrumentalisation se base sur deux imprécisions successives, aboutissant in fine à une inversion de valeur :

  • Une focalisation excessive sur un sujet « secondaire » sur le plan logique : la laïcité est définie à tort comme la séparation de l’Église et de l’État, alors qu’il s’agit de la manière dont elle est implémentée en France.
  • Un raccourci intellectuel : institutions et personnes sont confondues. État est confondu avec « les Français », et Église est confondue avec « les croyants ». On aboutit alors à l’idée fausse qu’être un croyant est incompatible avec être un Français (« séparation des croyants et des Français »).

Ce processus en deux étapes est analogue à celui expliqué dans l’article « La guerre des mots, ou comment appauvrir les citoyens… sous leurs applaudissements » [7].

L’instrumentalisation de la laïcité a été particulièrement virulente envers les musulmans. La religion musulmane est la deuxième religion de France [8], ce qui déplait à certains citoyens rejetant l’Islam. Ces citoyens, qui sont parfois des politiques, vont avoir tendance à ne plus obéir au principe de laïcité et à s’en prendre injustement aux musulmans, et ce en invoquant la laïcité ! L’effet miroir est à son paroxysme.

La laïcité « à toutes les sauces »

De plus, comme le note l’Observatoire de la laïcité dans son rapport, des problématiques sont reliées à tort à la laïcité.

Un exemple flagrant est celui de la lutte contre le terrorisme. Contrairement à ce qui a été martelé après les attentats qui ont eu lieu sur le territoire, défense de la laïcité et lutte contre le terrorisme n’ont pas de rapport. Bien des États ne sont pas laïques, mais luttent activement contre le terrorisme. Une personne peut être hostile à la laïcité, sans être un meurtrier pour autant.

Lorsque l’on défend des idéaux, il faut savoir rester lucide, sous peine d’être manipulé.

Conclusion

La laïcité, qui est en soi une valeur fondamentale de la République, a été trop souvent détournée afin de légitimer des propos inacceptables.

Emmanuel Macron, conscient de telles dérives, a été accusé de vouloir « islamiser la France ». Or, l’enjeu n’est pas là : la France a déjà, entre autres, des racines musulmanes. Ce qui pose problème, ce sont les discriminations que subissent les citoyens qui sont croyants, notamment les musulmans et les juifs.

Gageons que sous sa présidence ces dérives vont cesser.

Sources

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Laïcité en France Laïcité en France

[2] http://www.lagazettedescommunes.com/525100/les-collectivites-pointees-du-doigt-par-lobservatoire-de-la-laicite/ Les collectivités pointées du doigt par l’Observatoire de la laïcité

[3] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/laïcité/45938 Définition de la laïcité par le Larousse

[4] http://www.la-croix.com/France/Politique/Laicite-divise-candidats-presidentielle-2017-04-12-1200839151 La vision sur la laïcité des candidats à la présidentielle de 2017

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_séparation_des_Églises_et_de_l ‘État Loi de séparation des Églises et de l’État de 1905

[6] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do?idArticle=LEGIARTI000019240997&cidTexte=LEGITEXT000006071194&dateTexte=vig Article premier de la Constitution de la Cinquième République française

[7] https://docteurzinzin.com/2017/07/25/guerre-des-mots/ La guerre des mots, ou comment appauvrir les citoyens… sous leurs applaudissements

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Islam_en_France Islam en France

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