La France, pays de sédentaires et d’obèses

Des sportifs de haut niveau…

Les politiques aiment montrer que la France est un « pays sportif ». En particulier, Paris a remporté, avec Los Angeles, l’organisation des Jeux Olympiques en 2024 et 2028 (aux deux villes de s’entendre : a priori ce serait Paris l’organisateur en 2024 et Los Angeles en 2028) [1] ; alors que les grandes villes sont de moins en moins désireuses d’organiser ces jeux du fait de leur coût important et de leurs retombées économiques souvent décevantes.

Il est vrai qu’en France le sport de haut niveau se porte plutôt bien : maintenir le rang de la France parmi les grandes nations sportives est un axe important de la politique sportive de l’État qui passe par l’obtention de bons résultats lors des rencontres sportives internationales, dixit le ministère de la ville, de la jeunesse, et des sports [2].

…mais quid du reste de la population ?

Cependant, si on laisse de côté le sport de compétition, que reste-t-il ? Est-ce que globalement les Français, à leur niveau, effectuent quotidiennement un ou plusieurs sports ?

La réponse est malheureusement souvent négative : environ un Français sur deux ne pratique aucune activité sportive régulière [3].

Une inadéquation de l’offre sportive aux besoins et envies

Cela s’explique par le fait que l’offre sportive est inadaptée à la pratique non compétitive [4]. Pourtant, faire du sport, notamment à Paris, est théoriquement simple : il suffit de s’inscrire dans un des nombreux clubs existants. Mais, pour cela, il faut en général avoir un bon niveau de départ, et accepter de passer beaucoup d’heures à s’entraîner, et ce tard le soir. Ces exigences ne sont souvent pas compatibles avec :

  • L’état d’esprit des Français : La majeure partie des Français souhaite faire du sport dans un simple cadre de remise en forme et/ou de loisir, ce qui ne correspond pas à l’état d’esprit de beaucoup de clubs, où le sport est une sorte de « travail » supplémentaire.
  • Le monde du travail : Beaucoup d’individus, dans le cadre de leur profession, produisent un effort nerveux qui les décourage de faire du sport après leur journée de travail. Ils souhaiteraient plutôt pouvoir faire du sport en journée, par exemple à l’heure du midi.

Ainsi, parmi les Français qui pratiquent une activité sportive, les trois quarts le font en dehors de tout cadre : dans un parc, en forêt, ou à domicile. Il s’agit essentiellement de footing et de « street workout » (tractions, pompes, etc.) : ces pratiques ont l’avantage de demander peu d’infrastructures, et les pratiquants peuvent s’entraîner à leur rythme et aux horaires qu’ils souhaitent.

Les autres activités sportives demande des infrastructures plus lourdes. Or, il existe des installations sportives disponibles à côté du domicile de beaucoup de Français, mais ces installations sont souvent, dans les plages horaires qui leur conviendraient, soit fermées, soit réservées à des clubs ou des scolaires.

L’exemple de la natation

Considérons par exemple la natation. La France compte plus de 6 000 bassins publics, soit environ un bassin pour 10 000 habitants [5]. Ainsi, la majorité des Français a moins de 8 km à parcourir pour se rendre à la piscine publique la plus proche. Cependant :

  • Beaucoup de piscines ouvrent à 9h, ce qui empêche généralement d’y aller le matin avant de partir travailler
  • Beaucoup de lignes, voire parfois la piscine en entier, sont réservées aux scolaires ou aux clubs

Ainsi, au final, beaucoup de personnes ne vont jamais à la piscine, excepté en vacances, ce qui donne lieu chaque année à près de 20 000 noyades, dont 500 décès accidentels [6]. Plus d’un Français sur sept déclare ne pas savoir nager [7].

Même à l’école le sport c’est avant tout de la performance !

Les générations les plus récentes sont les mieux loties, cela étant dû à l’introduction de l’apprentissage de la nage en milieu scolaire dans les années 1960, même s’il reste encore trop d’élèves ne sachant pas nager.

Des critiques disproportionnées avaient eu lieu en 2015 concernant le jargon utilisé lors de la réforme des collèges : par exemple, au départ, les programmes ne parlaient plus de « piscine », mais de « milieu aquatique profond standardisé », ce qui avait provoqué l’hilarité des médias et du grand public, alors qu’au final les programmes sont avant tout à destination des enseignants et que le jargon utilisé pouvait se justifier (un bord de mer calme, sans courant, pouvait servir à enseigner la natation) [8].

Or, des critiques de fond, émanant du syndicat SE-Unsa, dénonçaient un enseignement centré sur la performance sportive plutôt que sur une éducation physique pour tous, avec le risque de mettre en échec les jeunes qui ne sont pas sportifs. Ces critiques ont été, elles, peu relayées…

Et marcher ?

Encore plus grave, les Français ne pratiquant aucune activité physique sont souvent sédentaires, à savoir effectuent moins de 10 000 pas par jour (critère fixé par l’OMS – Organisation Mondiale de la Santé – correspondant à environ 8 km, les activités physiques de la vie quotidienne étant converties en nombre de pas équivalent). C’est aussi le cas de ceux pratiquant trop rarement une activité physique. Ainsi, environ trois Français sur quatre sont sédentaires.

Or, la sédentarité est le quatrième facteur de risque de mortalité (après l’hypertension artérielle, le tabagisme et le diabète) : les risques de cancer et d’attaque cérébrale sont fortement augmentés [9].

Cette sédentarité s’explique par les mêmes raisons que celles évoquées concernant le manque de pratique sportive, plus d’autres :

  • Les conditions de travail : beaucoup de salariés passent la majeure partie de leur journée de travail (environ huit heures) assis devant un écran d’ordinateur ou assis en réunion. Or, ne serait-ce que rester assis plus de deux heures d’affilée est à force néfaste pour la santé…
  • La prépondérance des écrans dans les loisirs : de retour chez eux, ces mêmes salariés regardent leur ordinateur ou la télévision… Ce phénomène touche aussi beaucoup les jeunes ; ainsi à partir de 18 ans il n’y a pas de différence majeure de sédentarité selon l’âge. En effet, la dépendance aux écrans est particulièrement marquée chez les jeunes.

Depuis le 1er mars, les médecins pourront prescrire de l’activité physique à leur patient souffrant d’une affliction à longue durée parmi la trentaine concernée (diabète, maladie de Parkinson, cancer, …) [10]. C’est un pas en avant dans la reconnaissance des bienfaits de l’activité physique, mais il serait encore mieux d’insister en amont, avant que les patients ne tombent malades.

La cerise sur le gâteau : l’alimentation

En plus d’être sédentaires, beaucoup de Français ont une alimentation qui n’est pas saine. Les Français consomment trop de sel et trop de produits transformés d’origine industrielle [11] [12].

Résultat des courses : en France, plus d’un adulte sur trois est en surpoids. 15% des adultes sont obèses.

MISE A JOUR (au 14.09.2017)

Les JO 2024 ont été officiellement attribués à Paris, lors d’une session du Comité international olympique.

Sources

[1] http://www.lepoint.fr/sport/jo-la-double-attribution-aveu-de-faiblesse-pour-le-cio-18-07-2017-2143956_26.php Attribution des Jeux Olympiques

[2] http://www.sports.gouv.fr/pratiques-sportives/sport-performance/Sport-de-haut-niveau/ Description des structures existantes pour le sport de haut niveau

[3] http://www.attitude-prevention.fr/10000-pas-activite-physique.html Attitude Prévention est une association où les assureurs membres de la Fédération française de l’assurance s’investissent collectivement afin de porter les sujets de prévention, par exemple sur la santé, auprès du grand public. En effet, il est dans l’intérêt des assureurs que leurs assurés soient en bonne santé ! Cette association effectue régulièrement des études sur la pratique d’activité physique des Français.

 [4] http://www.strategie.gouv.fr/point-de-vue/pratique-sportive-reguliere-francais-baisse-pistes-daction-publique Inadéquation de l’offre sportive à la pratique non compétitive

[5] http://www.ecosocioconso.com/2014/05/19/piscines-publiques-la-france-qui-nage/ Statistiques concernant les piscines publiques

[6] http://www.noyades.com/ Statistiques sur les noyades

[7] http://inpes.santepubliquefrance.fr/Barometres/index.asp Baromètres santé

[8] http://www.lepoint.fr/societe/programmes-scolaires-les-profs-de-gym-reclament-le-droit-au-jargon-22-04-2015-1923496_23.php#section-commentaires Une critique nuancée concernant le jargon utilisé dans la réforme des collèges

[9] https://www.topsante.com/medecine/cancers/cancer/cancer-rester-assis-plus-de-deux-heures-augmente-le-risque-60261 Risques associés au fait de rester assis plus de deux heures d’affilée

[10] http://www.lemonde.fr/sante/article/2017/02/28/du-sport-sur-ordonnance-mais-pas-rembourse_5086911_1651302.html Sport sur ordonnance

[11] http://www.lexpress.fr/styles/saveurs/les-francais-mangent-trop-de-sel-et-sont-trop-sedentaires_1926667.html Alimentation et obésité

[12] https://www.anses.fr/fr/content/etude-inca-3-présentation Étude INCA 3 (de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) sur les pratiques alimentaires de la population

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