De l’impossibilité d’assurer totalement la sécurité des citoyens en période de guerre

Il y a un an, un terroriste fonçait avec un camion dans la foule venue assister au feu d’artifice du 14 juillet sur la promenade des Anglais (« la prom’ ») à Nice. L’attentat a tué 86 personnes.

Des polémiques ont eu lieu concernant le nombre de policiers nationaux en poste ce soir-là, la mairie de Nice reprochant au ministère de l’Intérieur de n’avoir pas eu son mot à dire. Des accusations concernant des rapports mensongers sur le nombre en question ont également été émises.

Pourtant, l’État ne peut être taxé de laxisme : les policiers sont pressurés depuis plus de deux ans, ces derniers étant de plus en plus traités comme des militaires.

Un état d’urgence permanent…

Emmanuel Macron, suite à l’attentat de Manchester du 22 mai 2017, a décidé de prolonger l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre, ce qui aboutira à presque deux ans d’état d’urgence.

Or, l’état d’urgence fournit un surplus de travail important aux policiers (fouilles, perquisitions à domicile, etc…). Cela engendre un décalage important entre les droits théoriques des policiers, qui ont un statut de fonctionnaire, donc disposent de RTT et de 23 jours de congé dans l’année, et les conditions de travail réelles, très difficiles. On estime qu’il y a 20 millions d’heures supplémentaires dans la police nationale non récupérées. Ainsi, les horaires des policiers se rapprochent en pratique de ceux des gendarmes et des militaires en général, et ce en toute illégalité.

…et une pression psychologique forte

Beaucoup de policiers conservent leur arme même en dehors de leurs horaires de travail, comme autorisé par l’arrêté du 25 juillet 2016 modifiant l’arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d’emploi de la police nationale. Ils se tiennent ainsi près à se défendre et intervenir en permanence.

Cela n’est pas neutre pour le psychisme des policiers. En effet, disposer d’une arme engendre des pensées morbides, et le métier de policier est à risque concernant les suicides. Ainsi, de 2004 à 2014, en dix ans, environ 500 policiers se sont donnés la mort. On peut donc légitimement se demander si cet état de fait ne risque pas de s’aggraver.

Un climat de guerre…

Le cadre d’usage des armes à feu a tendance à converger entre policiers et militaires. Ainsi, la loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale prévoit que le policier, le gendarme ou le militaire déployé sur le territoire national qui fait usage de son arme dans le but d’empêcher la réitération probable d’un ou plusieurs meurtres ou tentatives de meurtre venant d’être commis, n’est pas pénalement responsable.

De plus, avec l’opération Sentinelle, consistant à protéger les points « sensibles » du territoire et commencée en janvier 2015 (suite aux attentats sur les journalistes de Charlie Hebdo), environ 10 000 militaires sont mobilisés en France. Ces effectifs viennent s’ajouter à ceux de la police nationale (environ 150 000), de la gendarmerie nationale (environ 100 000) et des polices municipales (environ 20 000).

…correspondant à une réalité

Tous les moyens mis en œuvre n’ont pourtant pas empêché l’attentat de Nice.

Ainsi, ces effectifs, aussi importants soient-ils, ne pourront jamais assurer une sécurité parfaite aux citoyens. De plus, maintenir ces effectifs vu le contexte budgétaire et les opérations extérieures est difficile : le général de Villiers, chef d’état-major des armées, s’est insurgé contre les économies supplémentaires demandées par l’État en ce mois de juillet. Cependant, la prochaine loi de programmation militaire portera le budget des armées à 34,2 milliards d’euros pour 2018, contre 32,7 milliards cette année, en espérant que le budget soit cette fois correctement dimensionné par rapport aux interventions militaires de la France.

La réalité est que la France est en guerre contre l’État islamique (Daech), et que cette organisation a les moyens de la frapper sur son territoire. Par conséquent, il y a eu et il y aura des victimes en France, quel que soit le dispositif de sécurité mis en place par l’État.

Les guerres récentes dans lesquelles la France était impliquée, antérieures à celle contre l’État islamique, se déroulaient sans que le territoire national ne soit touché : la guerre du Golfe est un exemple. Il faut avoir conscience qu’il s’agit d’exceptions : la guerre fait en général des victimes civiles, d’autant plus lorsque c’est la « marque de fabrique » de l’ennemi.

MISE A JOUR :

Remis publiquement au pas par Emmanuel Macron, le général de Villiers a démissionné de ses fonctions le mercredi

Sources

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