Prison et radicalisation

La maison d’arrêt d’Osny (Val-d’Oise) est un des terrains d’expérimentation de la lutte contre la radicalisation en prison. A ce titre, elle fait souvent l’objet de l’actualité.

Un contexte sécuritaire général tendu…

La maison d’arrêt d’Osny compte plus de 900 détenus pour environ 600 places. Les cellules font en moyenne dix mètres carré et « accueillent » deux détenus. Cette surpopulation massive complique la gestion de l’établissement pénitentiaire et engendre des agressions.

Sur l’ensemble du système pénitentiaire, environ 4 000 actes de violence physique sur les personnels, dont 50 graves, et 100 « événements collectifs en détention », dont les mutineries, sont recensés chaque année. Ces dérives s’expliquent notamment par le nombre insuffisant de surveillants : il y a moins de 30 000 surveillants pour environ 70 000 détenus, alors qu’il faut parfois plusieurs surveillants pour maîtriser un détenu.

…amplifié par une impuissance face à la radicalisation

Des unités de prise en charge de la radicalisation avaient été expérimentées début 2016, notamment à Osny, la loi du 3 juin 2016 sur la lutte contre le terrorisme légalisant leur existence.

La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, ainsi que des organisations syndicales de surveillants, avaient critiqué ce choix, craignant une émulation malsaine entre ces détenus distingués des autres. La suite leur a hélas donné raison.

Septembre 2016, un des prisonniers de l’unité spécialisée avait agressé deux surveillants de la maison d’arrêt d’Osny. La mise en place de ces unités a donc abouti à l’effet inverse de celui escompté : le premier acte de nature terroriste en détention.

Sans même attendre l’évaluation complète de l’expérimentation menée, Jean-Jacques Urvoas, l’ancien ministre de la Justice, avait annoncé leur fermeture. Ce changement de cap était bien compréhensible vu les circonstances. Les détenus les plus dangereux, au lieu d’être regroupés, vont alors été mis en isolement et répartis sur tout le territoire. Reste alors le problème suivant : comment détecter en amont ces détenus ?

Osny a accueilli en février le premier quartier d’évaluation de la radicalisation (QER). Pendant quatre mois, le niveau de dangerosité de chacun des détenus concernés est évalué. En fonction de ce dernier, les détenus sont alors orientés vers différents établissements pénitentiaires. En particulier, des quartiers pour détenus violents (QVD) sont mis en place, en mobilisant les places existantes dans des quartiers d’isolement, avec un régime de détention durci (fouilles fréquentes, changement de cellule…).

Attention à voir le problème dans son ensemble

Plus de la moitié de la population carcérale est musulmane. Cette sur-représentativité de la religion musulmane en prison peut s’avérer positive, une pratique saine de la religion musulmane étant incompatible avec les actes de violence. Ainsi, les conversions à la religion musulmane en prison ne sont pas toutes des radicalisations : certains détenus se convertissent pour s’amender.

La radicalisation concerne uniquement 1 500 détenus sur environ 70 000. Sur ces 1 500 détenus, quelques 15% « basculeraient » en prison. Il y a 300 personnes incarcérées pour des faits de terrorisme lié à l’islam radical.

Lutter contre la radicalisation est important, mais cela ne doit pas faire oublier qu’elle est minoritaire, au risque de tomber dans des clichés et d’aboutir au contraire de l’effet escompté.

Certes, certains actes de violence physique concernent des détenus radicalisés, comme l’agression des deux surveillants de la maison d’arrêt d’Osny, mais ce n’est pas le cas d’autres actes de violence physique envers les surveillants, pourtant tout aussi inacceptables.

Le remplacement des unités de prise en charge de la radicalisation par des quartiers d’évaluation de la radicalisation, évaluant le niveau de dangerosité des détenus afin d’améliorer leur prise en charge, va dans le bon sens, même si, comme on le voit dans l’appellation des quartiers en question, l’accent reste encore mis sur la radicalisation. Or, un détenu dangereux, qu’il soit athée ou croyant, nécessite un suivi particulier.

Attention aussi à ne pas miser uniquement sur le « tout-sécuritaire ». Les conditions de vie particulièrement difficiles de la prison accroissent la gravité des maladies psychiatriques et provoquent nombre de dépressions. Environ 80% des détenus présentent au moins un trouble psychique et le plus souvent plusieurs.

Pour lutter contre les violences et la radicalisation en prison, la moindre des choses serait de fournir aux détenus un cadre de vie qui ne rende pas fou.

Sources

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